Du corps et de la fête comme objet de médiation entre le Sacré et le profane.
L'imagerie religieuse est fondatrice de la peinture occidentale. Si pendant des siècles, le modèle de la représentation divine a fourni le substrat de la création artistique picturale, c'est, par évidence, le fruit d'un acte politique, mais aussi, et sans aucun doute, un fait révélateur de l'importance de la notion de "sacré" dans la constitution des civilisations.
Depuis la Renaissance italienne jusqu'aux créations les plus contemporaines en passant par l'école espagnole de Vélasquez ou le baroque hollandais de Rubens, le divin est resté une thématique privilégiée des productions artistiques, car, en interrogeant le sacré, l'artiste a posé, notamment depuis Le Caravage, la question de la finitude de l'homme.
Ansi à travers cette préoccupation, c'est la condition humaine toute entière que les peintres ont su saisir et représenter pour mieux poser et parfois imposer le rapport entre l'homme et le divin.
Le corps : un élément central dans la peinture.
Or pour muer la verticalité de cette relation en une réciprocité improbable, les courants artistiques - "inspirés" par l'Eglise - n'ont eu de cesse de placer le corps au centre de leurs propos. Car représenter le Sacré sous une enveloppe charnelle répondait sans nul doute à la volonté cléricale de se rapprocher du peuple.
Concilier le sacré au profane par le biais du corps n'était rien moins qu'une tentative d'identification du peuple et d'accessibilité à Dieu. Peindre le corps divin, c'était ainsi matérialiser son existence et affirmer tout simplement sa réalité auprès de l'homme.
Si le Sacré occupe ainsi une place centrale dans la peinture, le corps apparaît également comme fondateur par sa dimension médiane, voire médiatrice. Par la représentation de ce corps, l'artiste est parvenu en effet à sublimer autant la nature humaine que la grandeur divine.
De fait, depuis Michel-Ange, Boticelli, Delacroix, Murillo et Vélasquez, le corps a acquis une portée symbolique et significative qui dépasse très largement la simple figuration picturale. Et cette centralité du corps, exploitée jusqu'à son apogée par Géricault dans "Le Radeau de la méduse", témoigne de la vulnérabilité humaine autant que de sa spendeur.
La fête comme médiation.
A l'image de cette représentation du corps, les fêtes religieuses et populaires dans les pays latins (l'Espagne et l'Italie notamment) opèrent parfaitement cette rencontre entre l'homme et la religion. Et à l'instar de la peinture où le corps est l'élement par lequel la distanciation entre le divin et le populaire s'annihile pour laisser place à la communion - au sens premier de "s'associer à"-, la fête est l'espace qui interroge le plus la notion de Sacré puisqu'elle la descend de son piédestal pour mieux la mêler au peuple et la confronter, souvent, à son rival païen.
Comme on retrouve dans les Fallas Valencianas et dans les célébrations religieuses Italienne, cette alchimie de profision festive, de nourriture, de sensualité mais aussi de religiosité, le travail artistique de Ray s'inscrit dans cette relation au corps oû l'on retrouve à la croisée des chemins, le sexe, la nourriture et la mort.
Olivier REY |